Depuis plusieurs années, le scan 3D s’impose progressivement comme une base de travail incontournable dans les projets de rénovation et de transformation.
Pourquoi continuer à travailler sur des estimations lorsqu’il est aujourd’hui possible d’obtenir rapidement une représentation complète et fiable de l’existant ?
Cette approche prend tout son sens dans les projets techniques CVCSE. Un domaine où la compréhension des réseaux existants conditionne directement la qualité de la conception, la coordination des intervenants et la maîtrise des risques sur chantier.
Dans le cadre de la transformation du CIMC à Genève, projet porté par MEDBASE et développé par les bureaux d’architecture HSPM et BLSA, les équipes techniques devaient intégrer de nouveaux équipements d’imagerie médicale dans un bâtiment existant.
Dans ce type de contexte, une question se pose rapidement : comment intervenir efficacement sur un bâtiment dont la réalité est peu ou pas documentée ?
Nous avons échangé avec Hubert Moreau, chef de projet chez CONTI, afin de comprendre concrètement l’apport du relevé 3D dans le développement de ce projet.
Comme dans de nombreux projets de rénovation, aucune documentation exploitable n’était disponible au démarrage.
Les équipes devaient intervenir dans un environnement technique dense, composé de nombreux réseaux existants dont l’implantation réelle était difficile à identifier.
Avant même d’imaginer une solution technique, il était nécessaire de comprendre précisément l’existant afin de déterminer ce qui pouvait être conservé, adapté ou remplacé.
Traditionnellement, cette phase repose sur plusieurs visites de site, des relevés manuels, des prises de photographies et un important travail de retranscription. Une démarche souvent longue et comportant inévitablement une part d’incertitude.
Le relevé par scanner laser 3D a permis d’obtenir rapidement une vision complète du bâtiment et de ses installations techniques, offrant à l’ensemble des intervenants une base commune de compréhension.
Une fois le projet cadré, l’enjeu devient opérationnel : comment intervenir sur des réseaux existants sans générer d’erreurs ou de conflits techniques ?
Dans un environnement fortement contraint, chaque intervention doit être anticipée avec précision.
Le nuage de points apporte ici une représentation fidèle de la réalité, permettant d’identifier les contraintes avant même le démarrage des travaux.
Comme l’explique Hubert Moreau :
« Sur ce projet, il n’y avait aucun plan. Dans une approche classique, on aurait dû faire des relevés sur site, prendre des photos et retranscrire ça sur des plans, avec forcément une part d’incertitude. Le nuage de points nous a permis de voir exactement où étaient les réseaux et d’éviter des erreurs sur les interventions. »
L’objectif n’est pas seulement de gagner du temps, mais surtout de réduire les risques liés à une mauvaise compréhension de l’existant.
L’un des enseignements les plus intéressants de ce projet concerne l’approche adoptée en matière de modélisation.
Contrairement à certaines idées reçues, l’objectif n’était pas de recréer l’intégralité du bâtiment sous forme de maquette numérique.
Le bâtiment a été scanné dans son ensemble, mais seules les nouvelles installations techniques ont été modélisées.
Une stratégie pragmatique qui permet d’adapter le niveau de détail aux besoins réels du projet.
« Recréer tout l’existant n’aurait pas fait sens, ni en termes de temps ni en termes de coût. On s’est appuyé sur le scan pour comprendre l’existant, et on a modélisé uniquement ce qui devait être installé. C’est une approche plus efficace et plus réaliste dans un projet comme celui-ci. »
Cette démarche illustre parfaitement l’évolution actuelle des pratiques : utiliser les données là où elles apportent une réelle valeur ajoutée, plutôt que produire des modèles complexes qui ne seront jamais exploités.
Au-delà de la conception, le relevé 3D est devenu un véritable outil de communication entre les différents intervenants du projet.
Architectes, ingénieurs, entreprises, mandataires ou autorités disposent tous de la même représentation de l’existant.
Dans des environnements techniques complexes, cette compréhension commune facilite les échanges et accélère la prise de décision.
« Le nuage de points apporte une qualité de compréhension qu’on n’a pas avec des plans classiques. Pour les entreprises, pour les discussions techniques ou même pour les autorités, c’est beaucoup plus clair de visualiser l’intégration des installations dans l’existant. »
Le relevé 3D devient ainsi un support partagé permettant de coordonner plus efficacement l’ensemble des acteurs du projet.
Les bénéfices du relevé 3D sont aujourd’hui largement reconnus : meilleure compréhension de l’existant, réduction des incertitudes, amélioration de la coordination et optimisation de la conception.
Pourtant, son adoption reste progressive dans le secteur du bâtiment.
Comme toute évolution des pratiques, l’intégration de ces nouvelles méthodes nécessite du temps, de la formation et une montée en compétences progressive des équipes.
L’enjeu n’est plus uniquement la production des données, mais leur exploitation.
« Aujourd’hui, beaucoup de bâtiments sont scannés, mais les données ne sont pas toujours exploitées à leur plein potentiel. Il y a encore un vrai enjeu de compréhension et d’appropriation de ces outils dans la profession. »
Cette transition est toutefois déjà en marche. Les outils deviennent plus accessibles, les workflows plus efficaces et les technologies évoluent rapidement, notamment grâce aux avancées en matière d’automatisation et d’intelligence artificielle.
« Aujourd'hui, beaucoup de bâtiments sont scannés, mais les données ne sont pas toujours exploitées à leur plein potentiel. »
Chez Archimetre, nous sommes convaincus que la valeur d’un relevé ne se limite pas à la production d’un nuage de points.
Notre rôle consiste également à accompagner les équipes dans l’exploitation de ces données, à adapter les livrables aux besoins réels du projet et à faciliter l’intégration de ces méthodes dans les pratiques existantes.
L’objectif n’est pas de produire davantage de données.
L’objectif est de fournir aux architectes, ingénieurs, entreprises et maîtres d’ouvrage les informations dont ils ont réellement besoin pour concevoir, coordonner et exécuter leurs projets avec davantage de confiance.
Parce qu’au final, la technologie n’a d’intérêt que lorsqu’elle aide à prendre de meilleures décisions.